Cela fait déjà trois ans que le Venezuela connaît le désapprovisionnement. « Le quotidienest entré en crise », écrit Marco Terrugi qui a parcouru 22 provinces sur les 24 et décrit la capitale comme une ville de solitaires. Combien de temps les gens, la base de la révolution, le chavisme vont-ils résister ? Combien va-t-il en rester ? se demande-t-il et il explique que pour déchiffrer l’ADN bolivarien, il faut comprendre les secteurs populaires au-delà de la bureaucratie du gouvernement avec sesluttes internes et son décalage.



Photos: Gustavo Lagarde

Traduction: Pascale Cognet 

 

 

 

PS: S’il te plait, quand tu viendras, tu peux m’apporter du riz, des pâtes, de l’huile et du maté ?

 

Fin du message. [Je clique sur “envoyer”, je referme l’ordi etje me rends compte:pas de confiture de lait, pas d’alfajores [NdT : biscuits argentins à base de confiture de lait], pas de vin, pas de  fernet [NdT : alcool d’herbes très apprécié en Argentine apporté par les immigrants italiens], rien de la demande  habituelle  d’un argentin loin de chez lui. A part le maté, qui avant d’être un luxe est un besoin alimentaire et pour travailler. Je me répète : riz, pâtes et huile. Je n’ai pas dit lentilles, dentifrice, savon, sucre, déodorant, papier toilette, parce que ce serait trop et ce qui est primordial est primordial. Si je pouvais, je demanderais un panier de la ménagère (nourriture et hygiène) – avec en plus du paracétamol et de l’amoxicilline. Je me demande ce qu’elle  pensera quand elle va lire le message.

 

La réponse au mail est “bien sûr, pas de problèmes”. Je suis tranquille. Je regarde mes étagères : un demi- paquet de pâtes, un de riz. De l’huile, cela fait des mois que je n’en trouve pas. Comme mon amie vient dans quelques jours, je n’aurai pas besoin d’être à l’affût de l’arrivée d’un camion au supermarché du coin de la rue de chez moi, ni d’acheter au marché noir. Au moins pour ces produits- là.L’indispensable, ce sont les pâtes. Le riz peutêtre remplacé par la purée, l’huile parun beurre de couleur jaune qui laisse suinter un liquide presque orange et qu’on n’a pas besoin de conserver au réfrigérateur –comme un plastic fondu. Il sert plus ou moins à ce que les choses ne collent pas dans la poêle.

 

Le désapprovisionnement généralisé  qui dure depuis deux ans a du bon, il nous oblige à apprendre à remplacer les choses : la classique arepa de manioc [NdT : sorte de galette à base de maïs ou manioc] peut aussi se faire avec de la betterave. C’est même meilleur. Le problème  ce sont toujours  les protéines : le kilo de bœuf et de porc coûte quatre mille bolivars, le poisson deux ou trois, le poulet  deux mille, la boîte de thon mille, et la demie boîte d’œufs mille huit cents. Le salaire minimum est de : 33.000 mensuels – le change officiel est de 1 dollar/650 bolivars, le change au noir, celui qui régit presque  tout, 1/900. [NdT : 1,00 EUR = 11,23 VEF bolivar vénézuélien]. Ce qui fait fureur ce sont les sardines : quatre cents le kilo.

 

 —Camarade, ici les sardines, on les appelle blue jeans, elles vont avec tout.

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Je vois mon amie deux jours après son arrivée. Je range la nourriture dans mon sac à dos comme si c’était de l’or. Un paquet de riz légal coûte 450, et au marché noir, 2.500. Nous discutons du pays, de la révolution, de comment nous en sommes arrivés là et quoi faire pour ne pas être anéantis. Elle est inquiète quand je lui fais une radiographie de la situation – à propos d’eux, de nous, de nos propres  questionnements.Je le suis aussi  depuis quelques mois.

 

Nous pourrions parler des heures et des heures, mais il est déjà huit heures du soir, déjà trop tard pour cette ville. Je prends congé, ils partent se reposer quelques jours sur la côte – une caraïbe encore sauvage et authentique. Je prends le métro, trois arrêts, je descends à la station  El Silencio. Il y a six pâtés de maisons jusque chez moi.  Dans la rue, il y a encore quelques vagabonds, une voiture de police, le dernier vendeur de cigarettes et moi, qui affronte la réalité, l’air décidé. Il faut que je fasse le tour du Palais de Miraflores. Il est complètement éteint à cause du rationnement d’énergie.Dans les coins sombres se trouve la Garde d’Honneur avec ses imperméables verts et ses mitraillettes. Il me reste deux pâtés de maisons sans personne dans la rue, j’ai déjà l’habitude. Caracas s’éteint à sept heures.

 

J’ai des pâtes.

***

Cela fait trois ans et demi que je vis au Venezuela. Je suis arrivé avant la mort d’Hugo Chávez – ici on ne dit pas “mort” mais ″ semis″. Depuis, j’ai travaillé comme chroniqueur dans plusieurs ministères, j’ai habité dans cinq endroits – hôtels compris- et j’ai consacré mon temps principalement à parcourir la région, écouter et écrire. Le pays a changé, et beaucoup. Moi aussi, mais en quelque chose, je n’ai pas changé : en arrivant j’étais chaviste, aujourd’hui, je continue de l’être.

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Chaviste à cause de Chávez,  parce que je l’ai entendu à Mar del Plata, à La Plata, à Caracas, pour son projet politique. Et surtout pour les gens. Parce que la révolution c’est surtout ses gens, les plus humbles.Il en toujours été ainsi. Je l’ai découvert lors de la première visite en 2011, je persiste et signe aujourd’hui : pour déchiffrer l’ADN bolivarien, il faut comprendre les périodes populaires. La  stratégie géopolitique, les alliances, les confrontations etc… peuvent  se comprendre sans cela, mais pas le chavisme comme mouvement de masse,  l’identité politique qui a mis en échec tout un ordre. Disons que – avec mille précautions –  pour  mieux appréhender cette dimension, on peut lire ″Notes sur la militance″ de John William Cooke. Certaines de ces pages semblent avoir été écrites lors de ce processus historique.  En inversant le problème : j’ai compris certains mécanismes indispensables pour comprendrel’Argentine des années 60/70 en faisant une lecture de la situation à partir de la situation du Venezuela. Le péronisme étaitle″ nom politique du prolétariat argentin″. Comme le chavisme.

 

On peut établir plusieurs  parallèles entre les deux mouvements, quelques-uns forcés,d’autres véritables. On a dit par exemple que le chavisme a quelque chose du péronisme tardif- par son caractère nationaliste. Il y a quelque chose de vrai dans cela. A quelque chose de proche, on peut mettre de la distance : Chávez, le leader indiscutable, a laissé par écrit de façon très précise son projet stratégique. L’idée a été  d’aller au-delà du capital, le capitalisme sérieux et ses variantes linguistiques : On a appelé  l’idée proposée socialisme du XXIème siècle. Sans vouloir décortiquer les caractéristiques du projet –réuni dans des matériaux comme le Allo Président Théorique N° 1, le Plan de la Patrie et le Coup  de Gouvernail- ce qui est certain c’est que la direction et les moyens  pour atteindre les objectifsétaient clairs, le leadership hors du commun, et l’attachement des gens, massif.

 

Je me souviens encore, avec des frissons, de l’enterrement. Dix jours et dix nuits de foule et de larmes. Je suis infiniment reconnaissant d’avoir été là.

 

Une fois Chávez mort, la droite  a fait les comptes et est arrivée à la conclusion que son heure avait sonné- il fallait s’y attendre. Comme toujours, elle n’a pas compris la dimension identitaire du mouvement et elle a pensé qu’une bonne quantité de morts pouvait régler le problème : elle a assassiné en un an environ soixante personnes dans des manifestations de rue. L’opposition a toujours été aussi clairement  bourgeoise  que le chavisme, populaire:

 

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—“Le peo [NdT:en langage colloquial : problème] ce sont les classes ″ peut- on lire sur les murs de Caracas.

 

 

Elle a  porté tous les coups en même temps : médiatique, géopolitique, psychologique, violent et économique. Ces trois derniers pouravoirà l’usure la base sociale de la révolution: rendre malade, tuer et affamer. Elle a fait cela pendant les trois dernières années de façon systématique. Elle est parvenue à déplacer, en partie, le débat sur l’impérialisme vers le déodorant, sur le socialisme vers le riz, et faire que l’on ne puisse rien trouver par des moyens  réguliers à des prix justes.  Ni nourriture, ni médicaments, ni pièces de rechange pour les voitures, ni voitures, ni quasiment rien de la vie quotidienne. Le plan a consisté à transformer le pays de l’abondance pétrolière en une société de pénurie. Et mettre les pauvres en concurrence les uns avec les autres pour  les désorganiser et rompre le lien avec le gouvernement. Le quotidien est entré en crise, avec une impunité montante à tout niveau.

 

Exemple courant dans un hôpital public saboté ou dans une clinique privée:

 

—Vous devez prendre tel antibiotique pendant tant de jours.

 

—Peut-on le trouver dans les pharmacies?

 

—Non.

 

—Et alors Docteur?

 

—Bon, je connais quelqu’un qui peut en trouver, ça oui, mais ça coûte cher.

 

Des chiffres: 11% des médicaments, 42% de produits ménagers et 40% d’autres produits sont fournis par le marché parallèle, appelé ″bachaquero″. [NdT : Bachaquero : espèce de fourmis énormes qui transportent des aliments ; on a d’abord utilisé le terme pour parler des contrebandiers qui traversent la frontière avec la Colombie avec des bidons d’essence et dans le langage familier il s’applique aujourd’hui aux contrebandiers et vendeurs qui achètent des produits subventionnés pour les revendre au marché noir.)62.7% des 42 produits de base n’existent pas dans les foyers, dans 45 % des cas parce qu’on n’en trouve pas, dans 42% des cas  parce qu’on ne peut  plus les payer. Voilà les résultats du mois d’août selon l’institut d’enquêtes Hinterlaces.Les plus perdants sontceux qui travaillent avec un contrat pour les 33.OOO bolivars de salaire minimum : un chauffeur de taxi gagne plus de deux cent mille par mois- un pneu coûte près de quatre- vingt mille.

 

Parfois, j’imagine combien de temps le peuple argentin tiendrait dans ces conditions. Parce quecela déjà fait déjà trois ans et c’est  chaque fois plus tendu: l’inflation d’après la Banque Centrale du Venezuela a été de 2.357,90% en  2015, le désapprovisionnement ne diminue pas, lorsqu’un produit sort à un prix inabordable, les queues continuent et durent de longues heures.Je m’habitue. Moi, oui,  mais je ne suis pas représentatif, je n’ai pas d’enfants, je ne suis pas malade, pas de personnes âgées à m’occuper, je peux trouver des pâtes et du riz grâce à une amie qui vient de l’extérieur.

 

Combien de temps les gens, la base de la révolution, le chavisme résisteront-ils? Combien en restera-t-il ?

 

Voilà une bonne question pour ″Qui veut gagner des millions?″.

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***

Je disais que je parcours le pays, j’écoute et j’écris. Comme militant et comme chroniqueur. Je suis allé dans 22 provinces sur les 24, toujours de la même façon : je me suis rendu dans des communes, rencontrédes milices, vu des expériences productives, j’ai parcouru les cerros,[NdT : collines où s’installent les gens de façon informelle]les plaines,  je suis allé dans des huttes, dans des bidonvilles, des maisons et immeubles de la Grande Mission Logement Venezuela- qui a inauguré un million cent mille logements en cinq ans. Je l’ai fait par le biais de ministères, avec des mouvements populaires et pour mon compte personnel.

 

En bas, tout en bas, c’est là que se trouve mon principal thermomètre  du processus. L’autre possibilité pour savoir ce qui est en train de se passer, serait d’avoir des infos des hautes sphères.En effet dans les médias, il est difficile de s’informer, impossible dirais-je. C’est pour cela que la campagne de communication internationale contre le Venezuela, qui n’hésite pas à mentir, a beaucoup d’impact. Le Gouvernement ne fait de propagande que de lui-même- pas très bonne – et des discours de plusieurs heures du président Nicolás Maduro et de deux autres dirigeants Diosdado Cabello et Jorge Rodríguez.

 

Avant, Chávez  réglait tout. Et nous sommes tous Chávez, mais…

 

La situation est très complexe. Il n’y a plus de place pour l’innocence : il y a une guerre. C’est pour cela que je commence par- là, pour situer qui est qui et ne pas oublier qu’il y a un plan en marche conçu par des laboratoires et à partir d’expériences contre-révolutionnaires. L’impérialisme n’est pas un mythe, Alvaro Uribe et ses amis non plus. Toute la faute vient-elle de l’extérieur ? Indubitablement, non.Je racontais cela à mon amie, celle du riz, des pâtes, de l’huile et du maté- si je savais que les choses étaient ainsi, je t’aurais apporté plus, me dit-elle. C’est préoccupant.S’il fallait définir d’une manière un peu caricaturale le sujet, nous pourrions dire qu’il existe plusieurs blocs : celui qu’on appelle communément l’ennemi historique, et le bloc chaviste, qui est divisé en deux, chavisme bureaucratique et chavisme populaire. Il y a encore une fois quelque chose du péronisme, l’idée qu’à l’intérieur du mouvement s’exprimait la lutte des classes. Cela émerge aujourd’hui dans le chavisme. En plus, comme Disait Cooke, le péronisme était un géant myope et invertébré. En prenant à nouveau beaucoup de précautions….  

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A propos de cette division interne –sans limites précises- on s’accorde à dire que la direction -il existe un accord étendu en aval à propos du fait que la direction] est presque exclusivement aux mains du secteur bureaucratique, aussi bien civil que militaire, gagnant du bras de fer  post-Chavez. C’est lui qui dirige, chaque fois plus en décalage signant des accords avec le secteur des entreprises et de la banque, qui tragiquement – là est le hic- poursuivent leur plan de déstabilisation. Voici l’unique révolution qui donne du pouvoir  à l’ennemi, me disait, il y a quelques jours, un camarade. Et de l’argent, il n’y en a  plus pour tout le monde : le coût de la guerre/crise, même avec les aides sociales des missions, ce sont les plus modestes qui le paient.

 

Déphasage. Voilà le mot le plus employé pour décrire l’actualité du gouvernement.

 

Entendre des chaînes nationales et des déclarations officielles  apporte  plus souvent de l’angoisse que des éclaircissements. Il ne faut pas oublier que Chavez gouvernait et formait politiquement les gens en grande partie  par le biais de la radio et de la télévision.  Les médiateurs/outils politiques ont presque toujours été remis en cause- en particulier le Parti Socialiste Uni du Venezuela, à cause de son importance. La révolution vénézuélienne a été fondée grâce à  un leadership extraordinaire qui fédéraittout le monde de haut en bas. Avec la crise actuelle de leadership, ce schéma prend l’eau, essuie des tempêtes. On manque de référence éthique, morale, exemplaire, sur une scène où il est déjà de notoriété publique, les faits le montrent, que la corruption ronge le systèmeà des degrés insoupçonnés- ce mal  ne touche pas, et il est bon de le mettre en évidence, la figure de Nicolás Maduro. Pour désapprovisionner un pays, il faut un plan très bien huilé et des complices à grande échelle.

 

C’était le débat d’idées jusqu’à la fin de l’année dernière, réfutable comme toute idée. Avec le résultat des élections du 6 décembre, où le chavisme a perdu le Pouvoir Législatif par un vote sanction, il est apparu clairement que la crise à l’intérieur du processus existait. Six mois après, et là est la préoccupation principale, les orientations structurantes de la direction sont toujours les mêmes. Malgré tout, 40% de la population veut que ce soit ce gouvernement qui résolve les problèmes- l’an dernier c’était 54%, toujours d’après Hinterlaces.

 

Le chavisme n’est pas majoritaire, mais c’est la première force sociale  et symbolique, il a une base unique, qui peut se développer à nouveau grâce à des mesures qui attirent les déçus, les milliers de gens qui ne vont nulle part sauf vers la désillusion. L’opposition n’a pas été et n’est pas une alternative.

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—Les gens sont toujours chavistes, mon ami, mais ils ne font plus confiance au Gouvernement.

 

Quant aux bases, cet univers immense et décousu du chavisme populaire, elles n’ont pas la capacité de renverser la situation. Il manque quelqu’un qui dirige, qui donne une ossature à  une culture  politique qui a toujours dépendu du leadership de  Chávez.

 

Les faiblesses structurelles se paient très cher: nous pouvons perdre. Non seulement le gouvernement mais aussi le projet stratégique.

***

Au Venezuela, j’ai trouvé un nouveau bonheur. Pas pour le cliché des Caraïbes et la chaleur permanente, mais parce que  j’ai découvert pendant un moment bref, ce que vaincre, a d’immense. J’ai vu les  édentés, les marginaux, les ménagères, les paysans, les pêcheurs, les bidonvilles, prendre des parts de pouvoir, de dignité, de politique, arracher par tonnes ce qu’on leur avait refusé pendant des siècles. Sans cela, pour quelle raison tout ceci ?

 

C’est ce qui explique tant d’obstination pourun pays qui semble toujours″sur le point de…″  Là où la vie n’est pas simple- même si je ne peux pas me plaindre non plus. Si je devais nommer les choses qui sont difficiles pour moi, je dirais l’amitié et la nuit. Pour la première, c’est le problème  de tous les argentins qui ont vécu ici et que j’ai connus- je pense à ceux de maintenant, pas aux exilés qui sont restés. C’est difficile de se faire des amis, ce qui n’est pas la même chose que “panas” [NdT : des potes], comme on dit ici. Je ne sais pas s’il existe uneconception nationale de l’amitié mais si elle existe, elle est indubitablement différente- peut-être peut-on trouver quelques clefs chez  l’Homme qui est seul et qui écrit. C’est pour cette raison que  plusieurs camarades sont rentrés après quelques années.  Je m’explique: on ne m’a jamais traité aussi bien que dans ce pays, mais l’amitié, c’est autre chose. Quant à la nuit, on dirait une grille : la ville s’éteint à sept heures, la guerre économique a fait exploser le prix de la bière et du rhum, et prendre un taxi pour rentrer- unique possibilité- devient financièrement impossible. On sort quand même, peu, mais on sort. Caracas, si grande et si imposante, est provinciale et conservatrice.

 

Cela rend la vie solitaire. Les gens- cette catégorie confuse mais que l’on appréhende- semblent bien seuls. Ajoutée à cela la violence inhérente  à une ville marginalisée historiquement  en contexte de guerre, le résultat est un enfermement conséquent La rue n’invite pas à la promenade, la ville est hostile. On s’habitue, comme pour tout.

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Ce qui est sérieusement et profondément  préoccupant, ce sont les assassinats ciblés de cadres moyens  et  de cadres de base du chavisme. Il y en a chaque semaine, cela va des cas non visibles-des attaques à la grenade contre des commissariats, des militants tués suite à des tentatives de vols qui ne sont pas des vols mais permettent seulement de  tuer,etc… -jusqu’aux cas pour l’exemple: une dirigeante du Parti criblée de balles et brûlée dans son quartier, un député poignardé chez lui, le fils d’un dirigeant blessé par balle à la porte de sa maison, un journaliste assassiné en bas de son immeuble. Pour n’en citer que quelques-uns.  Ce dernier s’appelait Ricardo Durán, et la presse internationale si préoccupée  par les libertés au Venezuela, ne s’est pas indignée,n’a pas réclamé justice. C’est une sorte de triple A [NdT : Alliance Anticommuniste Argentine], mais sans nom, camouflée derrière la délinquance. Nous n’avons plus le luxe que l’ennemi  se présente comme ennemi, ni lors des assassinats de camarades, ni pendant les tentatives de pillage et d’explosions commanditées. C’est une guerre invisible, sa force vient du fait qu’elle est liquidatrice.

 

—Salut Marcos, tu te sens bien là-bas?- m’écrit-on depuis l’Argentine.

 

Je réponds que″ oui″. Que dire de plus. Comment expliquer tout cela dans un message Facebook.

 

Car je me sens bien environ trois fois par jour, j’ai un toit, la santé, des potes, quelques amis, je me déplace, j’écoute, j’écris. Je me trouve là où l’histoire s’arcboute de toute sa force avant de recommencer à frapper. Les conclusions politiques qui se dégagent avec force sont essentielles pour comprendre pourquoi perdra-t-on ou gagnera-t-on, comment envisager les transformations futures dans nos sociétés latino-américaines. La révolution vénézuélienne a proposé l’hypothèse la plus avancée de transformation de ce siècle : son dénouement comporte des opportunités et des chaînes pour les époques à venir.

 

Si pour avoir le privilège de le vivre  et de l’écrire, il faut demander des pâtes, du riz et de l’huile, cela ne me pose aucun problème- c’est un détail. Il s’agit au fond d’un problème d’éthique, de jouer le match sans savoir ce qui va se passer.Sachant que les victoires sont des exceptions et non une règle.Et quoi d’autre ? Au Venezuela, j’ai découvert un nouveau bonheur- fragile et beau comme tout bonheur. Celui que je souhaite au peuple argentin.


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